Japon- Un message spécial de la part de Sharon Gannon

31 Mar

L’apocalypse — La crise globale                                                  Mars 2011

 

Nous sommes de tout cœur avec nos amis japonais dans la tourmente qu’ils affrontent en ce moment même.  De nombreux étudiants de par le monde m’ont écrit en me disant qu’ils dédiaient leur pratique au peuple japonais et me demandant si leurs prières étaient suffisantes.

Au départ, je comptais m’adresser à mes étudiants japonais dans un message de sympathie tout particulier à leur intention. Mais, au fur et à mesure que je rassemblais mes idées, j’ai réalisé que le tremblement de terre, le tsunami ainsi que les dégâts occasionnés par les centrales nucléaires affectaient le monde entier et qu’il était probable que des incidents similaires se produisent en bien d’autres lieux en dehors du Japon (nous sommes une petite communauté, globale et interconnectée). Bien que nous soyons nombreux à vivre sur des îles comme le Japon ou la ville de New York, nul n’est isolé, aussi ai-je pensé que mon message se devait d’être plus global.

Pour ce qui est de l’efficacité des prières, bien entendu que prier est toujours une bonne chose, et pour ceux qui le peuvent, des dons et des actions bénévoles peuvent également être utiles. Rappelez vous toutefois qu’en tant que yogis, ce à quoi nous aspirons c’est de réaliser l’unité du Vivant.  Les défis auxquels font face tous les êtres vivants au Japon, les défis auxquels la Terre elle-même fait face, sont les nôtres et nous nous devons d’y répondre avec compassion.

Mais en même temps, en tant que communauté saisissons l’occasion pour examiner les choses plus en profondeur. Essayons de comprendre ce qui s’est passé et pourquoi, et comment faire à l’avenir pour éviter de telles souffrances. Bien que la prière et d’autres réactions directes à des événements aussi dramatiques puissent s’avérer utiles, elles peuvent servir d’alibi pour nier notre responsabilité individuelle et être un bon moyen pour éluder les vrais problèmes. Et cela n’est d’aucune aide. L’heure est venue pour nous, en tant qu’êtres humains, de remettre en question notre mode de vie et de cesser de le défendre au mépris des lois de la Nature pour des intérêts économiques à court terme. Nombreux sommes-nous à nous être installés dans un mode de vie qui n’essaie en rien de s’harmoniser avec les lois de Dame Nature. Nous agissons sans la moindre considération pour la façon dont nos actions peuvent, à plus ou moins court terme, affecter la qualité de vie sur notre planète (celle des animaux, celle du sol, de l’eau et de l’air). Par exemple, en abattant des forêts pour construire des centres commerciaux, des pistes d’atterrissage et des complexes immobiliers, en utilisant des matériaux de construction dangereux pour la santé ; en construisant des centrales nucléaires sachant pertinemment les risques que cela implique ; en investissant sciemment dans les forages d’hydrocarbures qui polluent l’air, le sol et l’air tout en mettant en péril la vie des animaux ;  en nous servant de nos fleuves, lacs et océans comme des décharges sauvages de déchets toxiques. Saviez-vous que sur le milliard de sacs en plastique consommés mondialement chaque année (et nécessitant pour leur fabrication des millions de barils de pétrole), plusieurs millions finissent dans les océans où ils tuent ou mutilent la vie sous-marine ?

Tenons-nous à ce point à notre mode de vie? Au point de nous opposer sans cesse à la Terre et suite à un tremblement de terre ou une inondation, demander à Dieu de nous donner le pouvoir de reconstruire afin de rouvrir nos magasins et reprendre le cours des affaires le plus rapidement possible ? Tout fiche en l’air pour appeler au secours le Dieu tout puissant est lamentable. Implorer Dieu de nous aider à défendre notre mode de vie et lutter contre un tremblement de terre ou un tsunami comme si la Terre et les océans étaient des ennemis qui auraient sauvagement attaqué des victimes innocentes montre l’ampleur de notre déconnexion avec Dame Nature. Implorer Dieu de nous donner la force de lutter contre la Terre, c’est ignorer notre place dans l’ordre des choses. Si nous devions faire appel à un sauveur, ne devrait-il pas être l’ami de la Terre ? Nous les humains, n’avons pas été bien amicaux avec la Terre. Nous avons mené notre vie comme si la Terre nous appartenait. C’est d’ailleurs en termes de ressources disponibles à notre exploitation que nous parlons d’Elle. Nous n’avons pas, ou si peu, essayé de vivre en harmonie avec la Terre ; bien au contraire, depuis 10’000 ans voire plus, nous sommes en guerre contre Mère Nature.

Il se pourrait  que les catastrophes naturelles qui s’abattent sur notre monde aujourd’hui, soient la riposte de Dame Nature. Croyons-nous sincèrement qu’elle est passive au point de nous laisser silencieusement continuer à la violenter, l’exploiter jusqu’à la dernière goutte ? Après tout, Elle est un organisme vivant doté d’un système intégré lui permettant de maintenir l’homéostasie, et il est certain qu’elle mettra tout en œuvre pour rétablir l’équilibre en son sein. Tremblements de terre et tsunamis ne sont pas des phénomènes naturels venant de nulle part. En tant qu’êtres humains, notre plus grande erreur a toujours été de nous percevoir comme extérieurs à la Nature, comme des éléments à part ne faisant pas partie intégrante de la Terre. Nous construisons des villes surpeuplées sur des lignes de failles ou en bordure des deltas des fleuves, dévoilant ainsi une vulnérabilité qui prend source dans cette vision surfaite de nous-mêmes comme étant supérieurs et au-dessus des simples forces de la nature. Nous construisons des centrales nucléaires même dans des régions qui ont déjà été, par le passé, frappées par les affres de l’irradiation nucléaire. Tant que le nucléaire constituera une source d’énergie peu coûteuse dans l’immédiat, nous ferons mine d’ignorer les risques encourus (qui se préoccupe d’une éventuelle contamination future ?). Nous avions cru que nous pouvions nous retrancher dans une bulle (une création personnelle sous la forme de gratte-ciel climatisés et/ou de somptueux bâtiments sécurisés). A l’intérieur, dans l’intimité et la sécurité de nos foyers, nous pourrions à loisir regarder la télévision ou surfer sur le net avec les téléphones mobiles à accès illimité.

Nous nous sommes persuadés que la façon dont nous traitons la Terre, les animaux et les autres humains, ne devrait pas nécessairement nous affecter. Or, la vérité c’est qu’à chaque fois que nous empoisonnons l’eau, nous nous empoisonnons ; quand nous diffusons des substances chimiques dans l’atmosphère, nous nous empoisonnons. Chaque lopin de terre cultivé et aspergé de pesticides et d’herbicides est une atteinte portée à tous. Il en est de même pour chaque fleuve, lac ou océan transformé en décharge sauvage. Ainsi en est-il également de chaque animal ou chaque plante génétiquement modifié. Chaque animal enchainé et enfermé dans une ferme avant d’être achevé dans un de ces abattoirs dégoulinants de sang est une atteinte portée à tous. Chaque oiseau migrateur empoisonné tombant du ciel est une atteinte portée à tous. Les forages pétroliers, l’extraction des gaz naturels par fracturation hydraulique et les centrales nucléaires sont une atteinte portée à tous. Nous sommes tous des Terriens (notre sort est inextricablement lié à l’ensemble de tout le Vivant)

Nous, les êtres humains, sommes à l’origine de la crise écologique que nous traversons en ce moment. L’exploitation des animaux et la consommation des ressources de la planète sont les principales causes de cette crise. La plupart des gens ne se rendent même pas compte de la destruction dont nous sommes responsables, et ceux parmi nous qui en ont une petite idée ne savent pas quoi faire.

Pourquoi est-ce que ces catastrophes se produisent maintenant ? La réponse la plus simple consisterait à dire que c’est l’avarice humaine. L’avarice n’est pas l’apanage des riches. Riches et pauvres peuvent se trouver complètement mus par l’avarice. Aujourd’hui, la plupart des humains qui se considèrent comme pauvres souhaitent devenir riches (en clair, ils souhaiteraient avoir l’argent qui leur permettrait d’acheter tout ce qu’ils souhaitent). Quand les gens parlent des droits humains, ils font souvent référence au droit de dépenser de l’argent (la capacité d’asservir et de manger les animaux ainsi que celle d’exploiter les ressources naturelles). Le plus vous avez d’argent, le mieux vous êtes traité. Les gens qui ont moins ou peu d’argent sont maltraités par les autres. Bien entendu dans notre culture, les animaux (qui n’ont pas d’argent) sont les plus maltraités. Ils sont, soit asservis sous la forme de bêtes domestiquées au service de l’appareil productif, soit rapidement exterminés lorsqu’ils résistent et persistent à vivre en liberté.

La population humaine atteint maintenant 7 milliards. Il y a pourtant de nombreux Américains et autres citoyens vivant dans les pays riches qui projettent d’avoir des enfants, justifiant leur choix en disant qu’ils ont les moyens/l’argent d’élever ces enfants. La bonne question serait la suivante «  mais la planète en a-t-elle les moyens ? Peut-elle le supporter ? ». Tout au long de sa vie, un bébé né au Etats-Unis consommera 20 fois plus de ressources naturelles qu’un enfant né en Inde ou en Afrique. Deux pourcent de la population mondiale détient plus de la moitié de la fortune mondiale. Si vous observez une mappemonde, vous constaterez que les populations ayant les plus hauts revenus vivent le long des côtes américaines, européennes, à Hong-Kong, au Japon, en Australie et dans quelques carrés isolés en Arabie Saoudite.

Droits et injustices vont toujours de pair. Et au-delà de cela, il y a quelques vérités incontournables.  Derrière la plupart de nos actions, le plus souvent c’est la « loi du plus fort » qui prévaut. Ne croyez surtout pas que les Républicains qui gagnent beaucoup d’argent soient les seuls à défendre ce leitmotiv. Toute personne qui pense que le simple fait d’avoir l’argent pour se payer quelque chose est un passe-droit pour en faire ce qu’il veut, est mue par la loi du plus fort. C’est ainsi que les lumières restent allumées dans des maisons et des appartements vides. C’est ainsi également que les gens tirent la chasse d’eau à tout va. De la même façon, celui qui a de l’argent peut aller au restaurant ou à l’épicerie se payer un morceau de viande ou un poisson entier. Par conséquent, celui qui a de l’argent peut obtenir à peu près tout ce qu’il désire, peu importent les ramifications morales ou éthiques sur les autres animaux ou sur l’environnement. Et ce droit là, il est hors de question de le remettre en question.

Ce qui se produit en ce moment au Japon pourrait arriver partout. Eh oui, cela peut arriver à tout le monde et la probabilité qu’un événement similaire arrive aux gens vivant le long des côtes et autour des centrales nucléaires frise la certitude. En ce moment même, des choses absolument atroces arrivent des milliards d’animaux dans les fermes d’élevage et dans les laboratoires de recherche. Le même sort terrible est réservé à des milliards de Terriens comme nous qui vivent dans les océans et qui sont en train d’être rapidement empoisonnés.  Face au tremblement de terre et au tsunami au Japon, la réaction la plus significative serait que chacun de nous examine sérieusement son mode de vie et se demande comment réduire sa consommation.

Pourrions-nous nous réveiller de notre ignorance et nous défaire de nos addictions au confort,  à la consommation effrénée, aux divertissements et à notre droit d’acheter des choses ? Ou est-ce déjà trop tard ? J’ignore s’il est trop tard mais quelle est l’alternative ? Devrions-nous tous rester dans cet aveuglement béat parce qu’il est trop désagréable de regarder en face la réalité ? Avons-nous été trop loin pour inverser le processus ? Bien, si vous êtes résignés à cette vision pessimiste alors pourquoi ne pas faire sauter toutes les limites et vous laisser sombrer dans la pagaille la plus complète, boire du champagne, manger des steaks et du homard, ou plus probablement,  continuer à vivre au quotidien comme si de rien n’était ?

Toutefois, si ce scenario heurte votre sensibilité, d’autres options existent. Non seulement ces options requièrent un changement radical de mode de vie mais surtout elles demandent une vision plus large de vous-mêmes. Et ça, ce n’est peut-être pas pour tout le monde. Par les temps qui courent, vivre comme un optimiste intelligent nous demande de trouver des moyens pour simplifier nos vies en commençant par arrêter de penser que « vivre plus simplement » c’est vivre dans la privation. Nous devons éradiquer cette conception qui réduit les droits de l’homme au droit d’acheter des choses. Pour susciter de l’optimisme chacun de nous doit questionner les principes fondamentaux de sa vie.  Qu’est-ce qui motive nos actions, nos relations, quels sont nos rêves et nos aspirations ? Il est absolument certain que chacun de nous constitue une portion certes petite mais significative d’un vaste écosystème fragile. Nous pouvons courageusement choisir de nous considérer comme faisant partie de ce grand tout et agir en conséquence. De nos jours, l’acte le plus courageux qu’un individu puisse faire c’est de se préoccuper du bonheur et du bien-être des autres, et d’élargir cette vision des autres en incluant tous les autres (les autres animaux et tout l’environnement inclus),  en optant pour un mode de vie qui favorise le bien-être des autres. Vivre sa vie de façon à élargir notre propre perception de nous-mêmes, de façon à avoir cette vision suffisamment large pour lutter en faveur de l’amélioration de l’état de la planète, c’est véritablement évoluer vers une vie pleine de sens. Quand un individu peut réduire son propre égo et se percevoir comme faisant partie d’un grand tout alors il commence à entrevoir son potentiel de sainteté. Dans ces conditions, il est impossible de considérer ce qui se passe au Japon comme un événement isolé de notre propre vie. Tôt ou tard, ce qui se produit en ce moment au Japon va vraisemblablement se répandre au reste du monde. Nous sommes tous sur la même barque.

Et comme dans la chanson de Michael Franti «  Tout le monde est accro à la même nicotine, au même gasoil, au même écran couleur, et tout le monde veut s’agripper au même bout de vert... » La véritable question à se poser est la suivante : pouvons-nous nous libérer de nos addictions ? L’addiction à toutes ces choses qui constituent notre précieux mode de vie, un mode de vie qui met en danger l’avenir de la Terre ? Pouvons-nous nous passer des centres commerciaux, des voitures, des avions, des centrales nucléaires, des forages pétroliers, des fast food et des fermes d’élevage ? Avons-nous le courage et la créativité de trouver un autre mode qui ne détruit pas la planète et nous-mêmes ce faisant ? Pourrons-nous vivre ainsi mis à nu ? Serons-nous sincères ? Les temps que nous vivons sont peut-être ceux qui ont été prédits comme l’Apocalypse. Apocalypse veut dire « à découvert ». Une apocalypse est peut-être finalement ce dont nous avons à présent besoin pour nous aider à révéler notre énorme potentiel (qui se cache sous les artifices, les pièges et les faux-semblants qui nous font croire que nous sommes extérieurs à la nature et que c’est un privilège). Puissions-nous nous servir des récentes prétendues catastrophes pour sortir de notre léthargie et examiner notre mode de vie. Et à partir de là, commencer à faire le tri pour ne garder que l’essentiel, et être suffisamment courageux pour laisser tomber le superflu auquel nous avons été conditionnés à nous identifier. Sommes-nous prêts pour cet éveil profond à notre vraie nature ? Serions-nous capables de nous reconnaître nus sans les signes extérieurs propres à notre culture qui nous sont si familiers ? Sans l’addiction à cette consommation effrénée ? Peut-être que si nous essayions de surmonter notre avarice, nous découvririons notre ultime destinée. Ainsi que le suggère Pantajali, celui qui se désintéresse de l’acquisition de biens inutiles connaît la signification de la vie aparigraha-sthairye janma-kathamta-sambodhah PYSII.39

La vérité éternelle qui brûle dans chaque âme c’est la joie, le bonheur, l’amour. Cela est notre profonde nature,  c’est ce à quoi nous aspirons tous, c’est notre destinée. Il est possible que nous ayons cherché ce bonheur au travers de choses extérieures mais il ne se trouve pas dans ces choses. Ce bonheur a toujours été accessible à quiconque souhaite regarder en lui plus profondément. Pour en être capable, il nous faudra nous défaire de nos vêtements et laisse tomber tout ce qui a pu faire écran à notre vraie nature depuis si longtemps.  Nous allons devoir nous plonger dans l’Apocalypse.

Au peuple du Japon, êtres humains et animaux, j’envoie mes bénédictions et élève mes prières. Puisse la souffrance des êtres vivants partout dans le monde être soulagée…

 

Sharon Gannon

 

One Response to “Japon- Un message spécial de la part de Sharon Gannon”

  1. jodi April 13, 2011 at 10:20 pm #

    quelle message, merci de l’avoir traduit!

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